These are not our faces, this is not what we look like. Do you think [these writers look] like this? Not so, They're wearing play faces to fool you. But the play faces come off when the writing begins. Frozen in black and silver for you now, these are simply masks. We who lie for a living are wearing our liar faces, false faces, made to deceive the unwary. We must be, for if you believe these [artworks] we look just like everyone else. Protective coloration, that's all it is. Read the books, sometimes you can catch sight of us in there. We look like gods and fools and bards and queens, singing worlds into existence, conjuring something from nothing, juggling words into all the patterns of night. Read the books, that’s when you see us properly, naked priestesses and priests of forgotten religions, our skins glistening with scented oils, scarlet blood dripping down from our hands, bright birds flying out from our open mouths, perfect we are and beautiful in the fire's golden light. There was story I was told as a child about a little girl who peeked into a writer's window one night and saw him writing. He had taken his false face off to write and then hung it behind the door for he wrote with his real face on and she saw him and he saw her and from that day to this, nobody has ever seen the little girl again. Since then, writers have looked like other people, even when they write. And sometimes their lips move and sometimes they stare into space longer and more intently than anything that isn't a cat. But their words describe their real faces, the ones they wear underneath. That's why people who encounter writers are rarely satisfied by the wholly inferior person that they meet. ‘I thought you'd be taller or older or younger or prettier or wiser,’ they tell us, with words or wordlessly. That’s not what I look like, I tell them. This is not my face.”

Excerpt from Neil Gaiman’s The View from the Cheap Seats: Selected Nonfiction (Harper Collins), published May 2016.

 

Ce ne sont pas nos visages, ce n’est pas notre apparence. Pensez-vous que [ces écrivains] ressemblent en vérité à ses portraits? Pas du tout. Ils portent des faux-visages pour vous tromper. Mais les faux-visages tombent lorsque l’écriture commence. Coincés en noir et argent pour vous maintenant, ce ne sont que des masques. Nous, qui mentons pour gagner notre vie, portons nos visages de menteurs, des faux-visages, faits pour tromper le peu méfiant. Il faut que nous le soyons. De cette manière, si vous croyez ces photos, nous sommes comme tout le monde. Du simple camouflage, c’est tout ce que c’est. 

Lisez les livres. Parfois, vous pouvez y retrouver des nuances de nous-mêmes. Nous avons l’air de dieux et d’imbéciles, de bardes et de reines, chantant des mondes pour les faire exister, faisant des choses apparaître du rien, jonglant avec des mots au sein de toutes les formes de la nuit. Lisez les livres, c’est là où vous nous voyez proprement - des prêtresses et des prêtres nus, des croyants oubliés – notre peau luisant d’huiles parfumées, du sang écarlate ruisselant de nos mains, des oiseaux brillants s’envolant de nos bouches ouvertes, parfaits sommes-nous, et beaux, sous la lumière dorée du feu. 

Il y avait une histoire qu’on m’a racontée quand j’étais petit. Elle était pour une petite fille qui, une nuit, a jeté un coup d’œil par la fenêtre d’un écrivain et elle l’a vu écrire. Il avait enlevé son faux-visage pour écrire et l’avait accroché derrière la porte car il écrivait avec son vrai visage. Elle l’a vu, et il l’a vu et à partir de ce jour, jusqu’aujourd’hui personne n’a jamais vu la petite fille. Dès lors, les écrivains ont l’air de gens ordinaires, même quand ils écrivent. Parfois, leurs lèvres bougent et parfois ils regardent fixement dans l’espace plus longtemps et plus attentivement que tout ce qui n’est pas un chat. Mais leurs mots décrivent leurs vrais visages, ceux qu’ils portent en-dessous. C’est pourquoi les gens qui rencontrent des écrivains sont rarement satisfaits par la personne entièrement inférieure qu’ils voient. « Je pensais que vous seriezplus grand de taille, ou plus vieux, ou plus jeune, ou plus joli, ou plus sage - nous disent-ils avec ou sans mots. Je ne suis pas comme cela, je leur dis. Ce n’est pas mon visage. »

traduit de l’anglais par Vasilena Koleva